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Rencontre avec Paul Personne le 6 juillet 1997 aux Eurockéennes de Belfort pour l'émission "Route 66" de radio RDL Colmar animée par Jean-Luc et David BAERST
As-tu toujours eu la liberté de sortir tes albums au moment voulu ?
- Je me suis toujours démerdé pour avoir une liberté ... ce n'est pas
toujours évident mais c'est un choix de vie. Je ne me suis jamais senti
obligé de me dire en me levant le matin : " Putain, faut que j'compose
un truc, ça fait un an que j'ai rien fait ! ". Il y a des moments
quand tu es musicien où tu n'es pas toujours inspiré, des moments où tu
n'as rien à dire et des moments où tu as plein de trucs à raconter. C'est
alors que j'appelle la maison de disques et puis je dis : " Bookez-moi
un studio, ce studio-là ". Je fais appel à mes musiciens et personne
n'écoute jamais rien avant que ça ai pris une certaine forme et après
j'invite tout le monde et puis le disque sort.
C'est
la moindre des choses pour un musicien de pouvoir faire ce qu'il veut,
pour que la musique puisse être bien faite. Si t'as des contraintes, si
t'as de la pression, si t'as des gens qui viennent t'emmerder en disant
: " Bon, alors tu nous composes un p'tit truc, là ". Donc c'est
comme ça que moi j'ai parcouru ma vie !
Pour quelle raison évites-tu de faire des reprises sur tes albums ?
- Je n'ai pas fait beaucoup de reprises parce qu'à chaque fois que je prenais
des références par rapport aux originaux, je trouvais une sorte de truc,
un nouvel arrangement et puis à chaque fois que j'écoutais l'originale,
je la trouvais vachement mieux que la mienne. Donc j'ai laissé tomber
et je préfère me contenter de faire mes trucs. Mais j'ai encore deux,
trois idées de reprises dans la tête, un jour, j'en sortirais. Va savoir,
peut-être qu'un de ces quatre je ferais un album de reprises !
N'as-tu pas l'impression qu'en France, quand des créneaux musicaux sont
déjà occupés - même dans le blues - on n'ouvre pas la porte à d'autres
artistes ?
- Moi, j'ai toujours pensé qu'il y avait de la place pour tout le monde.
Ce n'est pas parce qu'un mec dans un genre a pris la place que maintenant
c'est : " On est désolés mais la place est déjà prise ". C'est souvent
le cas de pas mal de majors qui balancent ce type d'arguments. Je crois
que c'était la même chose il y a quelques années, quand il y a eu Téléphone,
Trust et tous ces mouvements musicaux français ...
Je
pense qu'au niveau de la musique que je fais, il y a vraiment plein de
manières de faire cette zik-là de manières vachement différentes. Je veux
dire, quand tu vois certains labels aux Etats-Unis, tu as des tas de trucs,
plein d'artistes qui manient telle ou telle forme musicale à leur manière.
Des labels de rythm'n blues, de soul, de rap ... mais je veux dire que
les mecs ne prennent pas qu'un seul artiste. Donc ça, je trouves que c'est
une fermeture un peu conne, mais c'est comme ça et j'espère que ça va
s'ouvrir parce que moi j'ai l'occasion d'entendre parfois plein de gens
qui jouent vachement bien.
Comment as-tu fait tes débuts ?
- Oh, moi je débute toujours ! Enfin, c'est l'impression que j'ai. C'est
à dire - et c'est ça qui est bien avec la zik - c'est qu'il n'y a jamais
de fin. Il y a toujours un truc à atteindre, un truc qui te triture la
tête comme ça et des envies ... J'ai toujours aimé la zik. Chez mes parents,
il y avait de la musique qui passait en permanence. Ensuite, j'ai rencontré
des musiciens et puis c'est le parcours habituel de pas mal de monde ...
Est-ce que tu joues naturellement le blues ou est-ce un travail de tous les jours ?
- Le gros problème, quand tu passes ta vie à essayer de trouver un son
blues, arrive un moment où tu te dis : " C'est pas assez bluesy, donc
je ne vais pas le faire ". C'est tentant parfois de faire un disque de
blues pur et dur, avec des reprises comme a pu le faire Clapton dans son
dernier album. Le problème, c'est que tu tombes dans un langage qui est
assez facile - entre guillemets - c'est assez facile pour les anglo-saxons
parce que c'est leur culture. Alors que pour un français, ce n'est pas
évident de faire des reprises américaines, parce que t'a l'air d'un cake.
Alors que pour créer tes propres trucs typiquement bluesy, c'est vachement
dur de ne pas avoir l'impression de faire du Muddy Waters ou du Freddy
King et après tu tombes vraiment dans des sortes de petits tiroirs. Tu
te dis : " Tiens, là il s'est fait un petit plaisir, là il a fait un
petit Lighting Hopkings, là du T-Bone Walker ...
C'est
juste ça qui est délicat, alors je fais uniquement ce qui me passe par
la tête. S'il y a un truc qui me vient sous les doigts et qui est un peu
rock'n roll, je fais : "Ouais, OK, ça me botte de faire ce truc-là ".
Si j'ai une ballade et que j'ai écris un texte qui me branche, je vais
faire une ballade !
Je crois que tous mes disques sont un peu un mélange de tas d'influences
et j'essaye pas de me dire : " Merde, faudrait que j'sois plus blues,
tu vois ? ". Je comble un peu mes envies avec plein de choses. Maintenant,
je sais que quand ça me branche, il y a des fois où je vais jouer avec
des mecs et on va faire du blues toute la nuit. Ca me botte, mais de là
à mettre ça en album, surtout en français, c'est vachement délicat parce
que tu risques de tomber dans un truc très standard, et ça peut être chiant
!
Propos recueillis par Jean-Luc et David BAERST en exclusivité
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